|
le 30 septembre 2008
Un discours de pure apparence
Au lendemain du discours du chef de l’Etat prononcé à Toulon, certains commentateurs n’ont pas hésité à saluer le volontarisme de Nicolas Sarkozy face à l’ébranlement du système financier et économique mondial. Son plaidoyer en faveur de « régulations » et d’un "nouveau rapport entre le politique et l’économie" fut digne d’un vrai discours de campagne électorale : belles paroles et envolées lyriques, contradictions et flou artistique ! Prenons quelques citations pour exemple.
1. "Pas de plan de rigueur" "Dans la situation où se trouve l’économie, je ne conduirai pas une politique d’austérité qui aggraverait la récession". A la suite de quoi il embraille sur le contenu de son projet de budget pour 2009 : un parfait plan de rigueur. Contradictoire non ?
Cible première des économies : les politiques publiques et les budgets sociaux - "L’année prochaine, c’est un total sans précédent de 30 600 emplois qui seront supprimés dans la fonction publique", - Relance d’une réforme de l’hôpital qui permettra de "supprimer les dépenses inutiles", - Maintien des engagements pris sur la question de la réduction des dépenses publiques, dogme figé par le Pacte européen de stabilité. (Bon élève ! Une fois n’est pas coutume !) - La réforme annoncée de la taxe professionnelle ce qui risque de mettre au régime sec des collectivités territoriales déjà exsangues.
Coté recettes, pas question de toucher aux 32 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales consenties aux entreprises en 2008, ni aux 15 milliards que coûte annuellement le "paquet fiscal".
2. Une politique monétaire sous contrôle
Autre moment phare de son discours : les engagements dans la refonte d’une politique monétaire
- "Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation", - "Quoi qu’il arrive, l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire français", - "Si les difficultés devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises (…) des moyens de financer leurs investissements ou d’assurer leur trésorerie, l’État interviendrait pour que ces financements puissent être assurés",
Belles paroles mais absence d’explication sur les instruments d’une telle réorientation. D’où proviendra l’argent nécessaire à tout cela ? Autant de promesses en contradiction totale avec le carcan d’une politique monétaire de l’UE dédiée à la seule "stabilité des prix", mais aussi en contradiction avec la réglementation européenne de la concurrence, réglementation qu’il a toujours défendue.
3. L’Europe et le dogme européen de la concurrence L’Europe doit engager une réflexion collective sur sa doctrine de la concurrence, sur les instruments de sa politique économique, sur les objectifs assignés à la politique monétaire", a plaidé le président. Là les bras m’en tombent ! Il a oublié avoir promu et signé le traité de Lisbonne ! Rappelons que ce traité recycle le projet de constitution européenne dont la pierre angulaire n’est autre que le principe de « concurrence libre et non faussée » incluant la conduite d’une politique monétaire dont le seul objectif est la lutte contre l’inflation. C’est ce même texte qui interdit toute restriction aux mouvements de capitaux, condamnant les promesses de Nicolas Sarkozy sur un éventuel contrôle des "paradis fiscaux" a resté à l’état de lettres mortes.
4. "Le capitalisme n’est pas en cause" Là se situe sans doute le fondement de tout l’argumentaire du chef de l’État. Il a dressé un réquisitoire sans appel contre les "dérives" du capitalisme financier. Ni l’économie de marché ni le système capitaliste ne doivent être remis en cause.
Il distingue le capitalisme industriel vertueux et le capitalisme financier coupable de tous les maux. Quand on voit comment sont traités les PME par les établissements bancaires on peut souscrire à cet argument.
Le capitalisme est financiarisé depuis longtemps. On nous l’a tant vanté ! Pour 1€ d’échanges de marchandises, 70€ sont échangés dans le même moment pour des actes purement financiers.
Il ne suffit pas de parler de parachutes dorés. C’est un peu court ! Les prochaines semaines diront ce qui a été fait de concret pour aider l’économie réelle. Sans doute pas grand-chose ! N’attendons pas un plan Marshall pour notre industrie et le commerce réel en France et en Europe.
|